École de Pont-Aven

Pont-Aven, terre d’accueil des artistes

Pont-Aven est une terre d’accueil des artistes depuis la seconde moitié du XIXe siècle. A cette époque, la Bretagne devient une région très touristique. L’arrivée du chemin de fer joue un rôle majeur dans ce sens : en 1862, la ligne Paris-Quimper est inaugurée.

Les premiers artistes à s’installer à Pont-Aven sont des Américains. Ils sont bientôt rejoints par de nombreux peintres français et étrangers. Trois hôtels sont créés pour les accueillir : l’Hôtel des Voyageurs, l’Hôtel du Lion d’Or et la Pension Gloanec construite en 1860 par Joseph et Marie-Jeanne Gloanec.

Pourquoi un tel engouement de la part des artistes pour Pont-Aven ? De manière générale, ils apprécient la Bretagne pour la beauté de ses paysages et le coût de la vie peu élevé.
Beaucoup d’artistes sont aussi à la recherche d’un nouveau souffle, c’est-à-dire d’une conception nouvelle de l’art, en rupture avec l’Académisme enseigné à l’École des Beaux-Arts et l’Impressionnisme déclinant. La Bretagne semble alors l’endroit idéal pour trouver l’inspiration. Elle offre, à moindres frais, un dépaysement :
- culturel (la langue, les costumes traditionnels, la ferveur catholique teintée de croyances populaires, la tradition de l’oralité …)
- architectural (l’omniprésence du granit des calvaires et des églises)

La rencontre d’Émile Bernard avec Paul Gauguin

Émile Bernard, élève à l’atelier Cormon, entreprend au printemps 1886 de découvrir la Bretagne. Il arrive à Pont-Aven à la fin de l’été et rencontre Paul Gauguin sur les conseils d’Émile Schuffenecker.
Gauguin est à Pont-Aven depuis juillet 1886. Ce premier séjour est motivé par le désir de se consacrer entièrement à la peinture et de trouver à cet endroit une vie simple. Il cherche dans cette province « reculée » l’inspiration sachant répondre à ses envies de primitivisme. Il souhaite aussi fuir la vie parisienne, commençant à considérer la civilisation comme malsaine et corruptrice de la nature humaine.

Bernard et Gauguin se retrouvent deux ans plus tard et leur rencontre est cette fois-ci fructueuse. Émile Bernard montre à Gauguin Pardon à Pont-Aven (1888, collection particulière) peint au retour du Pardon de Pont-Aven, le 16 septembre. La relation entre cette œuvre et la Vision du Sermon de Gauguin a été controversée. Bernard a revendiqué par la suite l’antériorité de sa démarche inaugurant le style Synthétique par rapport à celle de Gauguin.

Le Synthétisme

Caractéristiques :

- abandon de la copie fidèle (jugée « servile ») de la réalité
- création de l’œuvre d’après le souvenir que l’artiste garde en mémoire du sujet. L’œuvre produite transcrit la vision subjective du peintre ; elle reflète ses émotions au moment où il l’a peinte
- aplats de couleurs pures
- absence de perspective, d’ombre et de modelé
- technique du cloisonnisme
- composition géométrique qui élimine le détail et le superflu

Les débuts de l’École de Pont-Aven

A la Pension Gloanec, autour de Gauguin, gravite une colonie d’artistes : Charles Filiger, Jacob Meyer de Haan, Charles Laval, Roderic O’Conor, Émile Schuffenecker, Armand Seguin, Wladyslaw Slewinski…
Comme le précise plus tard Paul Sérusier : « Ce ne fut pas une école consistant en un maître entouré d’élèves, c’étaient des indépendants qui apportaient en commun leurs idées personnelles et surtout la haine de l’enseignement officiel ». Les artistes vivent et peignent ensemble ; leurs œuvres sont nourries par leurs échanges théoriques sur l’art. La peinture acquiert avec eux « le droit de tout oser » selon les mots de Gauguin.

La leçon au Bois d’amour

En septembre 1888, Paul Sérusier, élève à l’Académie Julian, séjourne à Pont-Aven. Avant de repartir à Paris, Gauguin lui donne une leçon de peinture. Sérusier exécute sous sa dictée un paysage du Bois d’amour connu sous le titre Le Talisman (Musée d’Orsay, Paris) :

De quelle couleur voyez-vous ces arbres ?
Ils sont jaunes
Et bien, mettez donc du jaune. Et cette ombre ?
Plutôt bleue
Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible. Et ces feuilles rouges ?
Mettez du vermillon.

Et encore :

Comment voyez-vous cet arbre … Il est vert ? Mettez donc du vert, le plus beau vert de votre palette.

Rentré à Paris, Sérusier fait part de son expérience à ses amis de l’Académie Julian : Pierre Bonnard, Henri-Gabriel Ibels, Paul Ranson, Ker-Xavier Roussel, Edouard Vuillard. Cette œuvre et les idées qu’elle véhicule sont à l’origine du groupe des Nabis.

Le 3ème séjour de Gauguin à Pont-Aven

Après un séjour difficile en Arles chez Vincent Van Gogh, Gauguin revient à Pont-Aven en avril 1889. A l’atelier de Lezaven qu’il loue, il peint trois œuvres majeures : Le Christ jaune (Albright Knox Art Gallery, Buffalo), d’après celui de la chapelle de Trémalo, Le Christ vert (Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles) qui rappelle le calvaire de Nizon et le portrait de La belle Angèle (Musée d’Orsay, Paris).

En mai 1889, en marge de l’Exposition universelle à Paris, Émile Schuffenecker présente au café Volpini l’exposition du « Groupe impressionniste et synthétiste ». Cette première manifestation du groupe de Pont-Aven permet la diffusion de ses concepts artistiques.
A partir de l’été 1889, Gauguin et Sérusier sont à nouveau en Bretagne mais délaissent Pont-Aven pour l’auberge de Marie Henry (dite Marie Poupée) au Pouldu. Ils sont bientôt rejoints par Filiger, Meyer de Haan, puis l’année d’après par Slewinski, Henry Moret, Maxime Maufra et Émile Dezaunay. Comme à la Pension Gloanec, ils vivent en communauté dans un esprit d’émulation permanente.

La rupture d’Émile Bernard avec l’École de Pont-Aven

Le critique d’art Albert Aurier sacre Gauguin « père du Synthétisme » dans un article paru en mars 1891 dans « Le Mercure de France ». Émile Bernard, fâché de ne pas être reconnu, cesse toute relation avec Gauguin. Il s’éloigne du style synthétique tout en cherchant ensuite à s’en faire reconnaître l’initiateur. Il se tourne alors vers un style classicisant.

Le 1er avril 1891, Gauguin embarque pour Tahiti : « Je pars pour être tranquille, pour être débarrassé de l’influence de la civilisation. Je ne veux faire que de l’art très simple ; pour cela, j’ai besoin de me retremper dans la nature vierge, de ne voir que des sauvages, de vivre leur vie, sans autre préoccupation que de rendre, comme le ferait un enfant, les conceptions de mon cerveau avec l’aide seulement des moyens d’art primitif, les seuls bons, les seuls vrais ». Après Papeete, il s’installe à Mataiea mais malgré une production artistique intense, il souffre de ne rien vendre. Il rentre en France le 30 août 1892.

L’adieu de Gauguin à Pont-Aven

En avril 1894, Gauguin entame son dernier voyage à Pont-Aven avec sa compagne Annah la Javanaise. Il retrouve à la Pension Gloanec son cercle d’amis. Alfred Jarry s’y trouve au même moment et écrit dans le livre d’or trois poèmes en hommage à ses tableaux tahitiens. Mais Gauguin n’a plus qu’une idée en tête : quitter l’Europe pour s’installer définitivement à Tahiti : « J’ai pris une résolution, celle de m’en aller vivre pour toujours en Océanie. Je rentrerai à Paris en décembre pour m’occuper exclusivement de vendre tout mon bazar à n’importe quel prix … Je pourrai alors finir mes jours libre et tranquille sans le souci du lendemain et sans l’éternelle lutte contre les imbéciles ».
Il quitte la France le 5 juillet 1895 ; il meurt à Hiva Oa en 1903.

Pont-Aven après Gauguin

Après le départ de Gauguin, les membres du groupe de Pont-Aven s’éparpillent. Jan Verkade entre au couvent de Beuron (Allemagne), Mogens Ballin abandonne la peinture et rentre à Copenhague, Henri Delavallée s’installe en Turquie. Certains restent en Bretagne comme Ernest de Chamaillard, Charles Filiger, Émile Jourdan, Armand Seguin et Paul Sérusier. Henry Moret, Gustave Loiseau et Émile Schuffenecker reviennent à un style plus impressionniste.

Mentions légales | |